Il est déjà 12h30, et rien n’a bougé dans cette salle d’attente ; ah si ! trois nouveaux petits malades sont arrivés.

La maman et sa fille (celle qui avait renversé le chocolat chaud) sont revenues ; la maman ramasse les jouets imbibés et repart. Le papa revient, accompagné d’un ami, s’aperçoit que sa femme n’est plus là et repart à son tour, de l’autre côté.

Ma fille a faim ; elle fouille dans le sac et chipe deux petits gâteaux.

L’aide-soignante qui nous avait aidées à recueillir les urines revient vers moi, et me tend une fiole remplie du « précieux liquide » : « vous le donnerez au médecin quand vous le verrez ». Je me sens cloche avec ma fiole de pissou dans les mains. Je me lève et l’interpelle : « vous pensez qu’on en aura encore pour longtemps à attendre ? »

Elle : « je ne sais pas »

Moi : « approximativement, parce que si vous me dites qu’il y en a encore pour 3 heures, je rentre à la maison et je reviens dans deux heures et demi »

Elle « je ne sais pas »

C’est vrai que ma question était débile, comment savoir pour combien de temps on aurait encore à attendre dans cette salle-couloir froide, pleine de courants d’air ?

Môssieur commence sérieusement à s’énerver et me propose de partir et ne pas revenir. Je rejette totalement sa proposition et lui fait une contre-proposition : il rentre à la maison rejoindre sa famille qui attend patiemment notre retour à la maison, et je l’avertis dès que je suis la prochaine à passer. Il accepte et s’en va.

La dame qui s’était installée sur ma chaise me demande où j’ai acheté les gâteaux car sa fille commence à avoir faim. Je lui dis que je n’ai rien acheté ici, que tout vient de chez moi. Je lui propose un petit paquet de gâteaux qu’elle refuse tout d’abord mais qu’elle accepte ensuite, voyant que celui-ci est sous vide.

La petite se jette sur les gâteaux. Pendant ce temps, le téléphone portable de sa mère sonne et c’est une chanson bien kitch qui retentit ; tout en « finesse », elle entame une conversation « ouais ? nan, chui aux urgences là. Baaaaah pour la gamine, elle a toujours de la fièvre, ça baisse pas. Tu fais chier. Nan je rentre pas, je suis aux urgences ! tu m’emmerdes. Ouais c’est ça, à plus ».

Ma fille me demande où est son père ; je lui mens et lui répond qu’il est parti voir quelque chose dans la voiture et qu’il va revenir après. Je me doute que si je lui dis la vérité, elle voudra absolument rentrer à la maison et ce sera fini la petite fille sage qui fait des coloriages dans le couloir de la salle d’attente.

Ma fille ne veut plus colorier, elle veut que je lui lise une histoire ; ça tombe bien, j’ai amené deux livres.

Il est déjà 13 heures et 30 minutes. Aucun enfant n’a été appelé. Tout le monde commence à s’énerver.

La maman et la petite fille reviennent, accompagnées d’une A.S.H., afin de nettoyer les dégâts causés par le chocolat chaud. Le papa revient, toujours avec son ami, lequel ami se met à crier à tout va que « dans le mot urgences il y a urgent, et là c’est pas vraiment le cas. Franchement on est face à des feignasses qui ne bougent pas leur cul alors que ce sont des gamins qui sont malades. »

Je vous épargne la suite du discours. Ce qu’il dit n’est pas tout à fait vrai, mais on commence à lui donner raison lorsqu’on s’aperçoit que cela fait déjà 15 minutes que trois infirmières sont là, dans le couloir, riant à gorges déployées car elles imaginent déjà « la tête de Roger quand il verra son plateau repas de Noël ». Sachant que depuis 10 heures ce matin, personne n'est venu donner à boire à tous ces enfants fiévreux.

Ma fille a encore besoin d’aller faire pipi. Je rappelle la gentille aide-soignante afin qu’elle me donne le pot, ce qu’elle fait immédiatement, tout en me disant que cette fois, je devrai l’emmener dans les toilettes situées au fond, à gauche. Elle n’oublie pas de me préciser que normalement, celles-ci sont occupées, mais il faut attendre un peu, la dame ne devrait pas tarder à en sortir. Joyeux.

On se dirige donc vers les toilettes et effectivement, elles sont occupées. On attend donc devant la porte et ma fille me serre fort la main : 8 lits sont alignés, sur lesquels des personnes âgées en attente d’être transférées dans des chambres sont là. On se croirait dans un film d’horreur : ils ont des tuyaux partout, l’un crache, l’autre va chercher ses glaires bien loin, et encore un autre est en train de pleurer car il veut en finir.

Je n’ai qu’une envie : prendre ma fille dans mes bras et partir. Mais je reste, car ma fille a elle aussi besoin de soins.

La dame libère enfin la place. On entre dans les toilettes et … j’ordonne à ma fille de ne toucher à rien, tellement la pièce est sale. Je crois bien n’avoir jamais vu des toilettes aussi immondes. Des traces d’excréments décorent les murs, la lunette des toilettes, et même le lavabo.

Je pose le pot au sol et je veille à ce que ma fille ne touche absolument rien. On sort fissa de ce réduit et on retourne à notre salle d’attente.

J’ai la bonne surprise de m’apercevoir qu’un enfant a été appelé pendant notre incartade urinaire !

Une chaise est même devenue libre : je m’y installe, ma fille sur mes genoux.

 

Plus que 5 ou 6 enfants, et ce sera à nous.